Association antiagrégants plaquettaires et inhibiteurs de pompe à protons : état des lieux des prescriptions chez les patients avec stent coronaire dans un service de médecine interne.
Pauline DEMOUX1, Jérémy BARREAU1, Joanna VIAL1, Fanny MATHIAS1, Brigitte GRANEL2, Florence PEYRON1
(1) Pharmacie, Hôpital Nord, Chemin des Bourrely, 13915 Marseille
(2) Medecine Interne, Hôpital Nord, Chemin des Bourrely, 13915 Marseille
Introduction : Les antiagrégants plaquettaires (AAP) sont indiqués dans la prévention secondaire des évènements thrombo-emboliques artériels. Leur utilisation en mono-antiagrégation plaquettaire (MAAP) ou en double antiagrégation plaquettaire (DAAP) doit être adaptée au risque hémorragique du patient et respecter une durée conforme à l’indication. L’association à un inhibiteur de la pompe à protons (IPP) n´est pas systématique et devra être justifiée en fonction de la prescription d’AAP. L’objectif principal de ce travail est d’évaluer la conformité des prescriptions d’une MAAP ou DAAP associée à un IPP, chez des patients porteurs de stent coronaire dans un service de médecine interne.
Matériel & méthode : Une étude prospective a été menée du 8 avril au 1er juin 2025 dans un service de médecine interne (deux unités de médecine interne et une unité de gériatrie). Ont été inclus les patients recevant une MAAP ou une DAAP à base d’acide acétylsalicylique, de clopidogrel et/ou de ticagrelor. Pour chacun d’eux, l’âge, les antécédents médicaux, la prise d’IPP ainsi que les interactions médicamenteuses (prise éventuelle d’AINS, d’anticoagulants oraux directs (AOD), de corticoïdes ou d’inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS)) ont été recensés. L’indication de l’AAP et la date de pose d’un stent ont été extraites des comptes rendus d’hospitalisation. Les données biologiques (fonction rénale, fonction hépatique, NFS, bilan lipidique) ont également été analysées. La conformité des prescriptions a été évaluée au regard des recommandations de la Société Européenne de Cardiologie.
Résultats & discussion : 60 patients d’âge médian 77 ans ont été inclus dans l’étude. Parmi eux, 22 présentaient un ou plusieurs stents coronaires documentés dans le dossier, la date de pose n’étant pas renseignée chez 2 de ces patients. 16 patients avaient une MAAP, une double antiagrégation plaquettaire (DAAP) était en cours chez 5 patients, tandis qu’un patient recevait une association d’un AOD et d’une MAAP. Chez 11 de ces patients, l’évaluation de la conformité de la durée de la DAAP n’a pas pu être réalisée en raison d’un manque d’informations. Parmi les 11 autres patients, quatre présentaient une durée de DAAP non conforme, et un patient n’avait pas reçu de DAAP après la pose d’un stent, en contradiction avec les recommandations. Donc sur ces 11 patients pour lesquels une évaluation était possible, la prise en charge par AAP post-stent était conforme aux recommandations dans 6 cas sur 11. Concernant la protection gastrique, chez l’ensemble des patients, 32 des 65 patients étaient traités par des IPP. Les prises en charge par IPP étaient conformes pour 34 patients (52%). Les 31 non conformités concernaient des prescriptions d’IPP en l’absence de facteur de risque ou des non prescriptions d’IPP en présence de facteurs de risque.
Conclusion : Selon les informations recueillies, l’évaluation de la prise en charge par AAP post-stent, n’apparait pas toujours conforme, en terme de durée de prescription, souvent en lien avec un manque de suivi du patient. Quant aux IPP, la conformité de prescription n’était retrouvée que dans la moitié des cas, justifiant des rappels d’information sur leur juste prescription. Ces résultats renforcent l’intérêt d’un rôle actif du pharmacien dans la réévaluation des traitements, en lien avec les recommandations, via la conciliation médicamenteuse.
Mots-clefs : Analyse prescription, Anticoagulants, Erreurs médicamenteuses, Sécurisation de la prise en charge médicamenteuse