Un SADP au service de nos priorités
Quitterie Alliou1, Sarah Marceau1, Ambre Peronnaud1
(1) Pharmacie clinique, CHBA, 56000 Vannes
Introduction : La sécurisation de la prise en charge médicamenteuse repose sur l’identification et la maîtrise des situations à risque iatrogène. Dans ce cadre, notre établissement a défini une liste de médicaments et de situations à haut risque, assortie de mesures barrières destinées aux prescripteurs et aux infirmiers, lors des étapes de prescription et d’administration.
Le pharmacien s’inscrit également dans cette démarche via l’analyse pharmaceutique (AP) des prescriptions. Toutefois, dans un contexte de ressources limitées (1 ETP pharmacien dédié à l’AP et faible présence dans les unités de soins), le recours à un système d’aide à la décision pharmaceutique (SADP) apparaît comme une stratégie pertinente pour cibler les situations à risque, prioriser l’AP et en améliorer l’efficience.
L’objectif de ce travail est de décrire la méthodologie de sélection et d’implémentation de ces situations dans un SADP et d’évaluer leur exploitabilité dans une organisation telle que la nôtre.
Matériel & méthode : Quatre étapes ont été définies :
1.Sélection des situations à risque iatrogène prioritaires selon la politique de sécurisation de la prise en charge médicamenteuse de notre établissement et la valeur ajoutée attendue de l’AP.
2.Implémentation des règles dans le SADP DispensIAtion® (NUMIH), en fonction des données disponibles dans le dossier patient informatisé DPI Sillage® (NUMIH).
3.Phase de test en conditions réelles avec évaluation de la pertinence des règles, du taux de faux positifs et de l’impact organisationnel.
4.Validation, ajustement et stratification des règles.
Résultats & discussion : Les deux premières étapes ont permis d’identifier 151 situations à risque iatrogène, dont 105 ont pu être implémentées dans le SADP, soit un taux de modélisation de 70 %.
Ces premiers résultats montrent la faisabilité de la transposition d’une majorité des situations à risque en règles automatisées. Les limites observées concernent principalement la disponibilité et la structuration des données dans le DPI ainsi que des critères cliniques complexes difficilement automatisables. La phase de test en cours permettra d’affiner la pertinence clinique des alertes et de maîtriser le taux de faux positifs, enjeu clé pour garantir l’adhésion et la soutenabilité organisationnelle.
Conclusion : Le paramétrage autonome du SADP DispensIAtion® constitue une stratégie pertinente pour prioriser notre analyse en adéquation avec les besoins institutionnels et contraintes organisationnelles.
À terme, ce travail permettra de structurer un poste d’analyse pharmaceutique ciblée, contribuant à renforcer la sécurisation du circuit du médicament et la prévention de l’iatrogénie pour l’ensemble des patients hospitalisés.
Au-delà de cette première application, le SADP constitue un levier d’évolution des pratiques pharmaceutiques. Il pourra être mobilisé pour identifier de nouvelles situations à risque (ruptures d’approvisionnement, changements de marché), soutenir des démarches d’évaluation des pratiques professionnelles et accompagner le développement de la pharmacie clinique, en facilitant la priorisation des interventions du pharmacien clinicien.
Mots-clefs : Analyse prescription, Pharmacie clinique, Amélioration de la qualité, Sécurisation de la prise en charge médicamenteuse