Évaluation de l’utilisation du score Pen-FAST dans un programme hospitalier de délabélisation de l’hypersensibilité à la pénicilline : étude au sein d’une équipe mobile d’infectiologie
Mathieu Questel1, Marie DUBERT2, Charlotte WEMMERT 2, Aurélie FERAL1, Jean-Luc PONS1
(1) Pharmacie , Centre hospitalier Victor Dupouy Argenteuil, 69, rue du Lt-col Prudhon, 95107 Argenteuil
(2) Equipe mobile d´infectiologie, Centre hospitalier Victor Dupouy Argenteuil, 95107 Argenteuil
Introduction : L’hypersensibilité à la pénicilline, fréquemment rapportée mais rarement confirmée, conduit à l’utilisation d’alternatives, souvent moins efficaces, moins bien tolérés et favorisant l’antibiorésistance. Le score Pen-FAST (4 items) a été développé pour identifier (Score < 3), parmi les patients étiquetés « allergiques », ceux à faible risque d’hypersensibilité, permettant une réintroduction sans tests cutanés préalables. Soutenue par les recommandations européennes, cette stratégie reste peu documentée en infectiologie en France. L’objectif était d’évaluer le taux de délabélisation après réexposition à une pénicilline.
Matériel & méthode : Cette étude rétrospective monocentrique analyse l’intégration du score en pratique clinique au sein d’une équipe mobile d’infectiologie. De mai 2024 à avril 2025, un score Pen-FAST était systématiquement calculé chez les patients rapportant une hypersensibilité aux pénicillines et nécessitant une prescription antibiotique. Un score < 3 autorisait la réintroduction. Les patients étaient réévalués à J+1 jusqu’à la sortie d’hospitalisation.
Résultats & discussion : Soixante-cinq patients ont été inclus, majoritairement des femmes, avec un âge médian de 73 ans. La pénicilline en cause était inconnue chez 74 % (n=48) des patients. Seuls 9% (n=6) avaient déjà consulté un allergologue mais seulement un compte rendu était disponible. Le score était < 3 chez 68% (n=44) patients. La réaction initiale datait de plus de 5 ans chez 91% (n=59) des patients, 46% (n=30) rapportaient des manifestations cliniques sévères et 32% (n=22) un traitement spécifique.
La réintroduction a été jugée possible chez 71% (n=31) des patients et réalisée par voie orale à 48% (n=15) et par voie intraveineuse à 52% (n=16) pour une durée médiane [IQR] de 6 jours [2-7]. Elle n’a pas été effectuée chez 13 patients pour des raisons cliniques et organisationnelles. Les molécules réintroduites étaient des pénicillines (84%) ou des uréidopénicillines (16%). Dans 90% des cas, la réexposition était réalisée à pleine dose d’emblée.
Avec un suivi médian de 11 jours [6-24], 2 patients (6,5 %) ont présenté une réaction cutanée retardée bénigne imputable à la réexposition, soit un taux de délabélisation de 94% (29/31) pour les patients identifiés à faible risque et un taux de 45% (29/65) dans la cohorte globale.
Conclusion : L’utilisation du score Pen-FAST en infectiologie identifie rapidement un large groupe à faible risque (plus des deux tiers) et permet un taux élevé de délabélisation sans réaction grave. Simple, rapide et peu coûteux, il constitue un outil pertinent pour faciliter la délabélisation en pratique hospitalière courante, notamment en équipe mobile d’infectiologie.
Mots-clefs : Pharmacie clinique, Essai clinique, Entretien pharmaceutique, Antibiothérapie