Impact du pharmacien dans le relai per os des anti-infectieux à forte biodisponibilité : indicateurs cliniques, économiques et environnementaux
Celena Messadi1, alice delay1, Antoine Faucheron1, Annabelle POURBAIX2, Olivier Madar1, Marie-alice Colombier2, aurélie chan hew wai1
(1) pharmaice, hopital Foch, 40 rue Worth, 92150 suresnes
(2) Equipe transversale d´infectiologie, hopital Foch, 40 rue Worth, 92150 suresnes
Introduction : Le relai per os des anti-infectieux (AI) à forte biodisponibilité orale constitue un levier majeur de bon usage. Il maintient l’efficacité clinique tout en réduisant l’exposition aux dispositifs veineux, les risques infectieux associés et la charge en soins. Malgré les recommandations nationales, cette pratique reste insuffisamment systématisée. L´objectif est d´identifier les situations de relai per os des AI à forte biodisponibilité orale et évaluer l’impact des interventions pharmaceutiques (IP) sur le bon usage, les coûts hospitaliers et l’empreinte carbone.
Matériel & méthode : Une étude prospective a été menée à l’aide du logiciel Easily afin d’identifier les prescriptions intraveineuses (IV) d’AI à forte biodisponibilité orale (métronidazole, linézolide, clindamycine, fluconazole, ciprofloxacine, lévofloxacine, spiramycine) sur une période de 4 mois.
Pour chaque dossier patient, les critères justifiant le maintien de la voie IV ont été analysés : trouble de la déglutition, de la vigilance, contexte chirurgical, absence d’alimentation orale ou autre justification clinique documentée et la présence d’un traitement per os.
En l’absence de critère identifié, une IP proposant un relai per os était transmise au prescripteur. Les dossiers ont été analysés a posteriori par un infectiologue afin d’évaluer la conformité de la voie IV.
En parallèle, une analyse médico-économique a été réalisée. Pour chaque patient ayant bénéficié d’un relai per os, la réduction du coût a été calculée entre la date du relai per os et de fin d’AI. Il inclut la différence de coût entre les traitements IV et per os, le coût en dispositifs médicaux (DM) nécessaires à la pose d’un cathéter veineux périphérique et à l’administration IV et le coût infirmier (IDE) consacré (basé sur un salaire brut mensuel de 2 500 €). L’empreinte carbone des perfusions IV évitées a été estimée en appliquant un facteur de 0,9 kgCO₂e par perfusion1.
Résultats & discussion : Parmi les 60 traitements IV analysés, le métronidazole représentait 55 % des prescriptions, suivi du linézolide (17 %). Les critères cliniques de maintien IV étaient conformes pour 23 prescriptions (38 %), tandis que 37 (62 %) étaient jugées non conformes après analyse a posteriori par un infectiologue.
Les motifs de maintien IV identifiés comprenaient principalement un contexte chirurgical (n=18), des troubles de la déglutition (n=2) et des troubles de la vigilance (n=3).
Parmi les prescriptions non conformes, un relai per os a été réalisé dans 12 cas suite à l’IP, soit 32 % des situations éligibles et 20 % de l’ensemble des prescriptions.
Ces relais per os (n=12) ont permis d’éviter 18 poses de cathéter et 149 perfusions, soit une économie totale de 2 355 € : 954 € en DM/médicament et 1 401 € en IDE (19,6h).
L’impact carbone correspondant aux perfusions IV évitées était de 134 kgCO2e.
Conclusion : La réévaluation systématique des AI IV à forte biodisponibilité orale améliore le bon usage et sécurise le parcours patient. Environ 2/3 des prescriptions IV de ces AI pourraient être évitées. Au-delà du bénéfice clinique, le relai per os constitue un levier médico-économique pertinent, intégrant à la fois la réduction des coûts de produits de santé associés, une démarche de soins écoresponsables et un impact organisationnel favorable.
Mots-clefs : Antibiothérapie, Audit, Evaluation médico-économique, Intervention pharmaceutique, Pharmacie clinique