Réduire l´impact financier et environnemental des prescriptions IV inappropriées en milieu hospitalier : résultats d´une étude rétrospective
Laura Ameriou1, Pascal PAUBEL2, Davuth Tan3, Anne Jacolot1, Maxime Apparuit1
(1) Pharmacie à usage intérieur, Avicenne, 125, rue de Stalingrad, 93000 Bobigny
(2) Université Paris Cité, Faculté de pharmacie de Paris, Agence générale des équipements et produits de santé, 7, rue du Fer à Moulin, 75005 Paris
(3) Département Transformation Ecologique et Santé Environnementale , Direction de la stratégie et de la transformation de l´AP-HP, 184, rue du Faubourg Saint-Antoine, 75012 Paris
Introduction : L’administration de médicaments par voie IV est indiquée dans des situations cliniques spécifiques ou d’urgence médicale. C’est une pratique médicale à risque, invasive, source d’erreurs médicamenteuses et de complications évitables telles que des infections nosocomiales. Le recours à la voie IV lorsqu’une alternative par voie orale existe et est adaptée au patient peut être considérée comme une prescription inappropriée (PI). Par ailleurs, l’achat de médicaments et dispositifs médicaux (DM) constituant 50% des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur de la santé, le passage de la voie IV à la voie orale réduit l’utilisation des DM en plus de faciliter la préparation et l’administration des médicaments et de diminuer les contraintes d’administration pour les infirmiers. L’utilisation de la voie per os permettrait donc de réduire les dépenses et les émissions de GES. L’objectif de notre étude est de réaliser un état des lieux des PI de médicaments par voie IV et d’en évaluer l’impact carbone et financier.
Matériel & méthode : Une étude monocentrique, rétrospective et observationnelle, a été réalisée pour quantifier, par spécialité pharmaceutique injectable, le nombre de lignes de PI dans différents services de soins d’hospitalisation conventionnelle. Pour chaque médicament injectable identifié, une alternative orale a été proposée selon les critères suivants : indications thérapeutiques des résumés caractéristiques des produits (RCP), recommandations, biodisponibilité absolue et le Tmax, pour s’assurer d’une efficacité clinique comparable. Puis, la pertinence d’un relais oral a été validée par un groupe de travail pluridisciplinaire (3 pharmaciens et 5 médecins spécialistes) en tenant compte des recommandations et pratiques cliniques existantes.
Dans un second temps, pour chaque spécialité identifiée, à l’aide des modalités de préparation et d’administration mentionnées dans les RCP, les DM et solutés nécessaires à leur préparation et administration en IV ont été définis. Pour chaque préparation IV (médicament, DM et solutés), le coût et les empreintes carbones (EC) ont été calculés, à l’aide de l’outil AP-HP, Carebone®. Pour chaque ligne de PI éligible au switch IV vers per os, en fonction du nombre de prises, la différence de coût et d’EC entre une administration quotidienne du traitement par voie IV versus son équivalent orale a été calculé. Les résultats ont été extrapolés sur an.
Résultats & discussion : Entre juillet 2024 et mars 2025, 687 ordonnances ont été analysées sur 15 services de soins. Parmi ces ordonnances, 199 (28%) comportent 322 médicaments éligibles au switch dont 216 (67%) prescrits en conditionnel. Cette transition vers la voie orale permettrait de réduire l’EC de 52t d’équivalent CO2 et d’économiser 211k€ sur une année.
Conclusion : Le gain d’EC et les pertes économiques évitées sont significatifs. Cela souligne la nécessité d’agir pour une meilleure maîtrise des dépenses des produits de santé contributive à la juste prescription, en intégrant les objectifs de décarbonation de la santé. La prise en compte du temps infirmier nécessaire à l’administration des médicaments IV pourrait renforcer les économies estimées.
Mots-clefs : Développement durable, Médicament potentiellement inapproprié, Evaluation médico-économique