Quelle place pour la pharmacie clinique en recherche clinique ? Méthodologie d’une enquête d’intérêt
Coralie LAMOUREC1, Valentine JASPART LEDU 1, Rosa WILSON1, Nathalie LE BRAS 1, Catherine HAMON 1, Adeline CHANAT1
(1) Pharmacie , Hôpital Pontchaillou , 2 rue Henri Le Guilloux, 35033 Rennes
Introduction : La recherche clinique implique une gestion complexe des médicaments expérimentaux, associés à des facteurs de risque spécifiques à ce circuit : étiquetage limité en informations, absence de notice, supports éducatifs parfois inadaptés ou contraintes liées au maintien de l’aveugle. Ces facteurs peuvent compromettre l’observance du patient et exposer à un risque iatrogène. Dans ce contexte, le rôle du pharmacien hospitalier apparaît essentiel pour sécuriser le circuit du médicament expérimental et renforcer l’accompagnement thérapeutique du patient. L’objectif de cette étude est d’évaluer la pertinence et la faisabilité de développer des activités de pharmacie clinique adaptées aux exigences du circuit de la recherche clinique.
Matériel & méthode : Une analyse descriptive de l’activité du secteur des essais cliniques de la pharmacie à usage intérieur (PUI) a été réalisée, à partir des indicateurs d’activités de l’année 2024. Une phase exploratoire menée auprès des services fortement impliqués en recherche clinique (oncohématologie, pneumologie, Unité d’Investigation Clinique [UIC]) a permis d’identifier les enjeux du circuit du médicament expérimental et de construire une enquête d’intérêt. Cette enquête reposait sur la conception de questionnaires évaluant la contribution du pharmacien aux principales activités de pharmacie clinique définies par la Société Française de Pharmacie Clinique (SFPC) : bilan de médication, entretien pharmaceutique personnalisé et dispensation.
Résultats & discussion : En 2024, la PUI comptabilisait en moyenne 271 essais cliniques actifs, répartis sur 35 services médicaux. L’hématologie adulte est le secteur le plus impliqué (n = 65 ; 23,9 %), suivie par la pneumologie (n = 39 ; 14,4 %) et l’UIC (n = 25 ; 9,3%). La majorité des traitements expérimentaux sont administrés par voie injectable (n = 137 ; 50,6%). Les médicaments par voie orale (n = 107 ; 39,5%) sont principalement dispensés en ambulatoire. Au total, ce circuit concerne 48,6% (n = 127) des essais cliniques actifs, en lien avec la place croissante des thérapies ciblées orales dans la recherche clinique. Parallèlement, une étude observationnelle, prospective, transversale et monocentrique a été menée pendant 7 semaines, à l’aide de trois questionnaires anonymes, destinés aux patients, aux équipes médicales et promoteurs. A l’issue de cette période, 63 professionnels de santé, 43 patients et 26 représentants promoteurs avaient répondu à l’enquête. Les professionnels se montraient globalement favorables à la mise en place de ces activités, tandis que l’avis des patients apparaissait plus nuancé.
Conclusion : Face à l’augmentation des essais cliniques et au développement des traitements oraux en ambulatoire, l’intégration d’activités de pharmacie clinique dans le circuit de la recherche clinique apparaît comme un levier potentiel de sécurisation et d’optimisation de la prise en charge médicamenteuse. Cette méthodologie vise à évaluer, de manière transversale, l’intérêt des patients, des équipes médicales et des promoteurs pour ces nouvelles missions pharmaceutiques.
Mots-clefs : Essai clinique, Pharmacie clinique, Sécurisation de la prise en charge médicamenteuse, Ambulatoire