Espace posters 2026
Santé Publique & Médico-économie
230 SP
Tramadol et addiction : un risque à prendre en compte dès la première dispensation

Gwendoline FELKER1, Céline HIRSCH1
(1) Direction de la coordination régionale de la gestion du risque et de la lutte contre la fraude, Assurance-Maladie, 56 chemin Joseph Aiguier, 13009 Marseille

Introduction : Le Baromètre de la douleur, publié en octobre 2025, indique que 87 % des patients souffrant de douleurs ont recours à l’automédication, dont 16 % avec des opioïdes. Le tramadol, opioïde le plus consommé en France, se classe 4ème parmi les substances déclarées via l’outil de gestion des fausses ordonnances ASAFO-Pharma. Il est également l’opioïde le plus souvent retrouvé dans les décès toxiques liés aux antalgiques selon les centres d’addictovigilance. Dans ce contexte de santé publique, l’objectif était de dresser un état des lieux des consommations de tramadol dans les régions PACA et Corse afin de définir des actions de gestion du risque à mettre en œuvre.
Matériel & méthode : Une étude descriptive rétrospective interrégionale a été menée à partir des données de remboursement de l’Assurance Maladie du 01/08/2024 au 31/07/2025. Un score a été attribué aux assurés pour identifier les comportements déviants : 1 point était attribué en cas de recours à ≥10 prescripteurs, ≥10 pharmacies ou ≥25 délivrances sur la période. Le score total (0 à 3) classait les comportements du moins au plus déviant.
Résultats & discussion : Sur la période, 262 829 assurés ont eu au moins une délivrance de tramadol (2,5 délivrances en moyenne). En dehors des prescriptions de médecins généralistes, les prescriptions émanaient principalement de spécialistes en chirurgie orthopédique, en rhumatologie et de dentistes (respectivement 15,8 %, 12,5 % et 6,5 %). Des signaux de mésusage voire de doctor shopping ont été identifiés : 52 assurés avaient un score à 3 (un assuré a par exemple bénéficié de 163 délivrances auprès de 70 pharmacies et 40 prescripteurs), 107 un score à 2 et 205 un score à 1. Enfin, sur les 1961 pharmacies de ces régions, seules 384 ont réalisé au moins 1 entretien d’accompagnement des patients sous antalgique de palier 2 (EPA) pour 5 211 patients.
Conclusion : Ces résultats, suggérant des situations de mésusage, d’addiction voire de trafic, ont été partagés avec le CEIP-Addictovigilance de la région, avec lequel un partenariat a été initié afin de conduire une campagne de sensibilisation auprès de l’ensemble des prescripteurs (libéraux et hospitaliers, y compris IPA, dentistes et sages-femmes), des pharmaciens d’officine et des consommateurs réguliers de tramadol. Elle vise à rappeler les indications pour lesquelles le tramadol n’a pas sa place dans la stratégie thérapeutique, à souligner l’importance de prendre en compte le risque d’addiction dès la 1ère prescription, de respecter les règles de bon usage et de réévaluer régulièrement le traitement. Elle promeut également les EPA et les kits de naloxone. Les pharmacies d’officine comptant le plus grand nombre de patients sous tramadol et ayant peu ou pas initié les EPA feront l’objet d’échanges confraternels. Par ailleurs, cette action répond aux attentes des médecins généralistes, qui déclarent être fréquemment amenés à prendre en charge des patients initiés dans d’autres contextes de soins (soins dentaires, post-opératoire, urgences, hospitalisation), ouvrant des perspectives de travail conjoint avec les équipes hospitalières.
Mots-clefs : Analyse prescription, Agence sanitaire, Bilan médicamenteux optimisé
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