Morphine en solution buvable: la coexistence de deux formes est-elle encore pertinente ?
Ousseid EL SEMMAN1, Imene REBAI1, Samira CHAOUCHI2, Sara KEBOUR2, Raoult AIKPA3, Fadwa EL KOUARI1
(1) PHARMACIE, GHI LE RAINCY MONTFERMEIL, 10 Rue du Général Leclec, 93370 Montfermeil
(2) SSR, GHI LE RAINCY MONTFERMEIL, 10 rue du Général Leclerc
, 93370 Montfermeil
(3) EHPAD, GHI LE RAINCY MONTFERMEIL, 10 Rue du Général Leclerc, 93370 Montfermeil
Introduction : Dans notre établissement, deux formes buvables de morphine coexistent : une solution en gouttes (20 mg/mL) et une solution en unidoses (10 mg/5 mL). Cette coexistence interroge quant à leur pertinence, leur sécurité d’utilisation et leur adéquation aux pratiques soignantes. Ces questionnements ont motivé la réalisation d’un audit interne afin d´évaluer les pratiques des professionnels de santé concernant les deux formes et identifier la spécialité à privilégier dans une perspective médico-économique.
Matériel & méthode : Un audit a été conduit dans 8 services utilisateurs les 2 formes de morphine buvable(CV: chirurgie viscérale, COE : chirurgie orthopédique, EHPAD: établissement hébergement des personnes âgées dépendantes, HAD : hospitalisation à domicile, SSR: soins de suite et réadaptation, UGA: unité de gériatrie aiguë, USLD: unité de soins long séjour, USP : unité de soins palliatifs).Les données ont été recueillies via un questionnaire standardisé auprès des équipes paramédicales. Une analyse rétrospective des données de consommation pharmaceutiques de 2023 à 2025 a été réalisée afin d´évaluer l´évolution des consommations.
Résultats & discussion : Au total, 28 infirmiers ont été interrogés. L’utilisation des flacons de gouttes concernait 75 % des répondants (21/28), principalement dans les services d’USP et d’USLD. En parallèle, l’usage des unidoses était rapporté par 39 % des infirmiers (11/28), majoritairement en CVO et COE. Concernant les connaissances et les pratiques, seuls 21,4 % des infirmiers déclaraient connaître l’existence des deux formes galéniques. La traçabilité restait partielle, avec une date d’ouverture renseignée dans 54 % des cas. Par ailleurs, 82 % des flacons étaient retournés à la pharmacie à la fin de la prescription. En ce qui concerne les connaissances de conservation, 54 % des infirmiers savaient que la durée de conservation après ouverture est de 3 mois. Enfin, La consommation de 2023 à 2025 s´est vue diminuée pour les unidoses et les gouttes (respectivement , –59,4 % et –23,6 %).
Malgré une utilisation majoritaire de la forme en gouttes, celle-ci présente plusieurs limites due aux difficultés techniques (débit irrégulier, administration complexe) , un risque d’erreur de dose et essentiellement des pratiques hétérogènes (multi-patients, traçabilité incomplète).Pour l´HAD , les unidoses apparaissent mieux adaptées aux pratiques par leur simplicité d’administration et la meilleure sécurité d’utilisation .
Conclusion : Les résultats de cet audit plaident en faveur de la standardisation vers la forme unidose de morphine buvable , en raison de sa simplicité d’utilisation, sa meilleure sécurité et son adéquation aux bonnes pratiques. Ces conclusions constituent un levier pour une décision institutionnelle visant à harmoniser les pratiques, rationaliser l’offre et optimiser la prise en charge médicamenteuse.
Mots-clefs : Audit, Sécurisation de la prise en charge médicamenteuse, Evaluation des pratiques professionnelles (EPP)