Revue des interventions pharmaceutiques sur la prise en charge de la douleur des patients : étude descriptive centrée sur les prescriptions de stupéfiants.
Sandra AMMAR1, Thibault VALLECILLO1
(1) Pharmacie à usage intérieur, Centre Hospitalier Universitaire de Reims, Rue du Général Koenig, 51100 Reims
Introduction : La prise en charge de la douleur en milieu hospitalier s’appuie sur une stratégie graduée combinant différents types d’antalgiques. Le bon usage de ces derniers constitue donc un enjeu majeur en raison des risques iatrogènes tels que le surdosage, les interactions médicamenteuses ou les erreurs de prescription. Dans ce contexte, les interventions pharmaceutiques (IP) représentent un outil clé de sécurisation des prescriptions. Leur impact réel étant insuffisamment documenté, l´objectif de cette étude est de l’évaluer.
Matériel & méthode : Une étude observationnelle descriptive a été menée dans notre établissement selon la méthodologie standardisée de revue des IP. Les IP concernant les stupéfiants ont été les seules incluses et ont été extraites via le logiciel de dossier patient informatisé (Easily®) sur une période d’un an. Les variables analysées comprenaient le devenir des IP (acceptée, refusée, l’absence de réponse) ainsi que la proportion d’IP ayant conduit à une modification de la prescription. Pour cette dernière variable il a été nécessaire de vérifier manuellement l’historique des prescriptions une à une. Ces données ont permis d’établir une analyse statistique descriptive.
Résultats & discussion : Résultats: La population concernée présentait un âge moyen de 65,6 ans. Sur un total de 474 IP analysées, 24% étaient acceptées, 7% refusées et 69% restaient sans réponse. Parmi les IP acceptées, 73% ont conduit à une modification de la prescription tandis que 27% n’ont pas entraîné de changement. Les 3 principales types d’IP identifiées concernaient la présence de doublons thérapeutiques, la prescription de laxatifs, et les erreurs relatives aux interdoses. La majorité des IP refusées concernaient les interdoses, le prescripteur estimant que le schéma actuel permettait un meilleur équilibre du patient.
Discussion: Cette étude met en évidence un décalage entre le potentiel des IP et leur impact réel, notamment en raison d’un taux élevé d’IP sans réponse. Lorsqu’elles sont acceptées, leur pertinence clinique est confirmée par un fort taux de modification des prescriptions. Cependant, certaines IP acceptées ne sont pas suivies d’effet, possiblement par méconnaissance du caractère non automatique de la modification des prescriptions ou en raison d’une moindre efficacité du support informatisé par rapport au contact téléphonique direct. Des améliorations, comme une validation obligatoire de lecture, pourraient être envisagées. L’étude reste limitée par son caractère descriptif et l’absence d’évaluation de l’impact clinique (type CLEO).
Conclusion : Cette étude souligne le rôle central du pharmacien hospitalier dans la prévention de l’iatrogénie médicamenteuse ainsi que la nécessité de renforcer la collaboration interprofessionnelle pour améliorer la sécurité et la pertinence des prescriptions.
Mots-clefs : Analyse prescription, Interaction médicamenteuse, Adaptation posologique