La PUI, acteur clé de la transition écologique en santé : focus sur les DIMED.
Retour sur l’enquête nationale : médicaments à l’hôpital, pourquoi et combien on jette ?
Imene REBAI1, Isabelle DOSDA1, Amel TERKEMANI1, Djamila MARTIN GOULIAT1, Fadwa EL KOUARI1
(1) Pharmacie , GHI Le Raincy Montfermeil, 10 rue du général Leclerc, 93370 Montfermeil
Introduction : La gestion des déchets issus des médicaments (DIMED) constitue un enjeu majeur pour les établissements de santé sur les plans économique, environnemental et organisationnel. Dans ce contexte, une enquête nationale, à laquelle notre établissement a contribué, initiée par le Comité pour le Développement Durable en Santé (C2DS) et le Réseau des Observatoires du Médicament, des Dispositifs Médicaux et de l’Innovation Thérapeutique (RésOMéDIT) visait à caractériser les déterminants des DIMED et à identifier des leviers d’optimisation du circuit du médicament.
Matériel & méthode : Une étude observationnelle, prospective et multicentrique a été conduite du 13 au 19 février 2025. 5 professionnels ont été mobilisés dans 35 services (unités de soins (US) et pharmacie à usage intérieur (PUI)), selon la méthodologie nationale. Les médicaments radiopharmaceutiques, stupéfiants et cytotoxiques ont été exclus afin de limiter les biais liés à des circuits spécifiques. Les données recueillies étaient :la classe thérapeutique, la quantité (UCD), le coût (TTC), le poids, les motifs d’élimination. La collecte a été réalisée via un outil standardisé, puis analysée par le groupe de travail du RésOMéDIT. L’empreinte carbone a été estimée à l’aide de l’outil Ecovamed.
Résultats & discussion : Au total, 741 UCD ont été éliminées (vs 1 201 UCD en moyenne nationale), correspondant à un coût de 822 € (vs 3 369 €), un poids de 8,9 kg (vs 10,6 kg) et une empreinte carbone de 223,7 kg (vs 580,9 kg) équivalent CO₂. La péremption constitue le principal motif d’élimination (70 % vs 31,5 % au niveau national), les causes nationales apparaissent plus diversifiées (non-utilisation, retours non réintégrés en PUI, altération ou non-administration). Cette différence s’explique par : l’absence de retour non réintégré en PUI et une mauvaise rotation de stock dans notre établissement. La PUI est identifiée comme principal producteur de DIMED (68 %), tandis que la contribution des unités de soins est moindre (32 %). Les classes thérapeutiques les plus représentées sont les antibiotiques (12 %), les antidiabétiques (11 %) et les antithrombotiques (9 %), reflétant les prescriptions courantes. À l’échelle nationale, les classes dominantes diffèrent (psycholeptiques, antiparkinsoniens, analgésiques), reflétant une variabilité des pratiques. Sur le plan économique, les pertes sont principalement liées aux antibiotiques injectables (388 €) et aux antiépileptiques (128 €). À l’inverse, au niveau national, les coûts sont majoritairement portés par les antinéoplasiques et les immunoglobulines.
Conclusion : Malgré des indicateurs quantitatifs et économiques globalement maîtrisés, la prédominance de la péremption comme principale cause d’élimination met en évidence un axe d’amélioration prioritaire dans la gestion des stocks médicamenteux. Un suivi d’alertes anticipés sur les péremptions et des formations ciblées auprès des professionnels de santé sur les bonnes pratiques de gestion et de rotation des stocks sont des leviers opérationnels à fort impact.
Mots-clefs : Responsabilité sociétale et environnementale, Développement durable, Evaluation des pratiques professionnelles (EPP)