Fin du remboursement des stents coronaires : quel impact économique sur l’angioplastie des occlusions coronaires chroniques totales ?
Déborah HUTAN1, Sébastien COLOMBAT1, Marie-Pierre GUENFOUDI1, Charles LAW-KI1
(1) Pharmacie, CHU de Dijon, 23 D rue Paul Gaffarel, 21000 Dijon
Introduction : Une occlusion coronaire chronique totale (CTO) est définie comme une occlusion complète avec un score TIMI 0 (Thrombolysis in Myocardial Infarction) évoluant depuis plus de trois mois selon l’European CTO Club. Les angioplasties de CTO nécessitent des dispositifs médicaux stériles (DMS) innovants et coûteux, posant la question de leur adéquation avec le financement par les groupes homogènes de séjours (GHS). L’arrêté du 23 décembre 2025, retirant les stents de la liste en sus, modifie profondément cette équation en intégrant leur coût au GHS. Ce travail vise à évaluer les coûts des DMS et des médicaments lors des CTO et leur poids dans le GHS, avant et après cette réforme.
Matériel & méthode : Il s’agit d’une étude rétrospective, observationnelle et monocentrique des procédures de CTO réalisées entre 2021 et 2024 dans notre CHU. Les données recueillies comprenaient les DMS, les médicaments, leurs coûts, ainsi que les groupes homogènes de malades (GHM) et les GHS associés. Une simulation intégrant le coût des stents a été réalisée afin d’estimer l’impact de leur sortie de la liste en sus et de comparer le coût total au financement GHS après revalorisation tarifaire en janvier 2026.
Résultats & discussion : La cohorte comprenait 97 patients. Entre 2021 et 2024, la valeur moyenne du GHS était de 2 922 ± 1 139 € (médiane : 2 594 €), augmentant à 3 537 ± 1 235 € (médiane : 3 126 €) après révision en 2026 (+615 €). Le coût moyen des DMS et médicaments non remboursés en sus était de 2 186 ± 1 183 € (médiane : 1 965 €), atteignant 2 890 ± 1 340 € (médiane : 2 641 €) après intégration des stents. Le nombre moyen de stents posés était de 1,67, contribuant significativement à cette hausse. La part médiane des DMS dans le GHS, déjà élevée à 76 % avant réforme, augmente à 84 % après intégration des stents, traduisant une majoration marquée de leur poids dans le financement. Cette évolution suggère que la revalorisation des GHS reste insuffisante pour absorber le surcoût induit.
Conclusion : La part des DMS et médicaments non remboursés en sus dans le GHS était déjà prépondérante en CTO, du fait du coût élevé des dispositifs et de l’absence de GHM dédié. La sortie des stents de la liste en sus accentue encore cette tendance en majorant significativement leur poids dans le GHS. La revalorisation tarifaire apparaît insuffisante, soulignant la nécessité d’une adaptation du modèle de financement, notamment par la création d’un GHM spécifique pour les procédures de CTO.
Mots-clefs : Dispositifs médicaux stériles, Dispositif médical implantable, Evaluation médico-économique