Démarche de bon usage des immunoglobulines polyvalentes dans un contexte de tension : l´exemple des encéphalites auto-immunes et syndromes neurologiques paranéoplasiques
Baptiste Farguet1, Léontine Scherer1, Dimitri Psimaras2, Marie Antignac1, Amélie Liou1
(1) Pharmacie, Hôpitaux Universitaires Pitié Salpêtrière - Charles Foix, Paris, 47-83 boulevard de l´Hôpital, 75013 Paris
(2) Service de neuro-oncologie, Hôpitaux Universitaires Pitié Salpêtrière - Charles Foix, 47-83 boulevard de l´Hôpital, 75013 Paris
Introduction : L´utilisation des Immunoglobulines polyvalentes par voie IV (IgIV) dans les indications encéphalites auto-immunes (EAI) et syndromes neurologiques paranéoplasiques (SNP) a augmenté ces dernières années au sein de notre établissement. La dose prescrite représentait plus de 8 % des IgIV dispensées en 2024. Les IgIV étant des médicaments dérivés du sang (MDS) souvent soumis à des tensions d´approvisionnement, l´Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) émet des recommandations pour leur utilisation (hiérarchisation des indications des IgIV). En mai 2025, l´ANSM a actualisé cette hiérarchisation, notamment en retirant les EAI et les SNP. Ces modifications ont motivé la réalisation d´un audit des prescriptions au sein de notre établissement, afin d´évaluer le respect du bon usage des IgIV dans ces deux indications.
Matériel & méthode : Un audit rétrospectif a été réalisé de janvier 2023 à juin 2025 sur les prescriptions d´IgIV et les dossiers patients ayant pour indication EAI ou SNP. Le recueil des données a été réalisé avec le logiciel de gestion et de traçabilité des MDS (Propharma®) et le dossier patient informatisé (DPI – Orbis®). Les données recueillies étaient le service d´initiation, la mention d´une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), la réévaluation du traitement à la troisième cure, la présence d´une fiche attestant une prescription hors AMM et le statut sérologique de la pathologie.
Résultats & discussion : Au total, 155 dossiers patients ont été audités, dont 142 dans les services de neurologie (réanimation neurologique -MIR-, neuro-oncologie -NO-, hospitalisation en neurologie -HN-), avec 125 EAI et 17 SNP. Pour 13 patients, l´initiation a été réalisée dans un autre service (AS-, médecine interne, réanimation polyvalente, hématologie, réanimation cardiaque). La répartition des patients était de 23 % pour la MIR, 30 % pour la NO, de 39 % pour l´HN et de 8 % pour les AS. Une RCP a été retrouvée dans 60 % des DPI pour la MIR, 88 % pour la NO, 85 % pour l´HN et 77 % pour les AS. La réévaluation du traitement à 3 cures a été tracée dans le DPI pour 94 % des patients de NO, 78 % de HN et 80 % de AS. Ainsi, 52 patients n’ont reçu qu’une cure (majoritairement en MIR), 39 patients ont reçu entre 2 et 3 cures et 35 patients entre 4-6 cures. Quinze patients ont reçu plus de 6 cures. Aucun dossier ne comportait de document justifiant l´utilisation hors AMM scanné dans le DPI. Le statut sérologique des patients était positif dans 59% des cas.
Conclusion : Cet audit a permis de mettre en évidence le respect des critères de prescription dans la majorité des cas. En effet, la RCP ainsi que la réévaluation clinique sont tracées dans 82 % des cas, toute indication confondue. Cette réévaluation mène à l’arrêt des cures dans 66 % des cas, évitant la poursuite inutile du traitement et permettant ainsi une épargne des IgIV. Cet audit met en lumière l´importance des IgIV dans la stratégie thérapeutique de ces pathologies et la nécessité de réinclure ces indications dans la hiérarchisation réalisée par l´ANSM.
Mots-clefs : Evaluation des pratiques professionnelles (EPP), Médicaments hors ghs, Prescription hors AMM, Rupture d´approvisionnement, Audit