Entretiens pharmaceutiques chez les patients en screening d’essais cliniques en oncologie : retour d’expérience
Nora EL SHAMY1, Caroline MAUREL1, Emmanuelle BESREST1, Pierre-adelin RUCART1
(1) Pharmacie à Usage Intérieur (PUI), Centre Antoine LACASSAGNE, 33 Av. de Valombrose, 06100 Nice
Introduction : Les patients en screening d’essais cliniques en oncologie reçoivent des traitements dont les interactions médicamenteuses (IM) sont parfois encore mal connues. La polymédication et l’utilisation de médecines complémentaires (MC) augmentent ce risque. Les entretiens pharmaceutiques (EP) participent alors à la sécurisation de ces prises en charge. L’objectif est d’évaluer l’impact des EP sur l’identification des traitements concomitants, des médecines complémentaires et des interactions médicamenteuses potentielles.
Matériel & méthode : Étude prospective menée depuis novembre 2025 impliquant des patients en screening d’essais cliniques en oncologie, traités par anticancéreux oraux. Les entretiens pharmaceutiques ont été intégrés au bilan de screening lors de la programmation des rendez-vous par l’Attaché de Recherche Clinique (ARC). Les données ont été recueillies via le Dossier Patient Informatisé (DPI) (Clinicom/Tracker) et lors des EP. Ces entretiens ont permis de recenser les traitements habituels, les MC (phytothérapie, homéopathie, compléments alimentaires, épices), l’officine du patient et l’observance. La satisfaction des patients a également été évaluée via un questionnaire proposé en fin d’entretien. Les IM potentielles ont été analysées à partir de bases de données de référence (VIDAL, SFPO, Drugs, DDI Predictor, HEDRINE et MSKCC), avec traçabilité des interventions et recommandations dans le DPI (adaptation/arrêt de traitements).
Résultats & discussion : Vingt-deux patients ont été inclus, majoritairement masculins (64%). Le cancer de la prostate était la pathologie la plus représentée (27%), suivi des adénocarcinomes pancréatiques (14%) et des adénocarcinomes bronchiques (14%). Les autres localisations étaient isolées. Les produits de phytothérapie étaient consommés par 18% des patients, 9% prenaient de l’homéopathie et 9% des compléments vitaminiques. Au total, 31 IM ont été détectées (≈1,4/patient) dont 10% avec les MC et 90% avec les médicaments. Parmi toutes les IM, 90% concernaient la molécule expérimentale et 10% les traitements habituels du patient. Elles se répartissaient en 28 précautions d’emploi (90%, dont 2 liées aux épices), 1 association déconseillée (4%), 1 association à prendre en compte (4%) et 1 contre-indication (CI) liée à la phytothérapie (4%). Les IM identifiées étaient majoritairement modérées et ont donné lieu à des recommandations auprès des patients. La CI a conduit à l’arrêt de la phytothérapie, confirmé avec l’ARC puis la patiente lors de son passage en rétrocession le premier jour de traitement. Les entretiens ont duré environ 30 minutes et le taux de satisfaction des patients était de 98%.
Conclusion : Les entretiens pharmaceutiques permettent d’identifier un nombre non négligeable d’interactions médicamenteuses ainsi que des associations à risque liées aux médecines complémentaires. Ils contribuent à la sécurisation du parcours des patients en screening d’essais cliniques en oncologie. Ils renforcent également la qualité des données recueillies et constituent un appui pour l’équipe médicale et la recherche clinique grâce à l’expertise pharmaceutique.
Mots-clefs : Pharmacie clinique, Essai clinique, Interaction médicamenteuse, Chimiothérapie orale