Cannabis médical : retour d’expérience d’une rétrocession hospitalière au cœur de l’expérimentation française
Agathe MORIN NOEL1, Emmanuelle POINGT1, Florian GIANNELLI1, Fabien ROYERE1, Cordelia SALOMEZ IHL2, Pierrick Bedouch2, Audrey Lehmann2, Mélanie Minoves3
(1) Univ. Grenoble Alpes, pôle pharmacie, CHU Grenoble Alpes, 38000 Grenoble, France Grenoble, France
(2) Univ. Grenoble Alpes, CNRS, pôle pharmacie, CHU Grenoble Alpes, Grenoble INP*, TIMC, 38000 Grenoble, France
(3) Univ. Grenoble Alpes, INSERM, pôle pharmacie, CHU Grenoble Alpes, Hp2, 3800 Grenoble, France
Introduction : En France, l’expérimentation du cannabis à usage médical (CBD ou THC seuls ou mélanges) pilotée par l’ANSM a été mise en place en 2021 afin d’évaluer la faisabilité d’un circuit sécurisé de prescription, d’approvisionnement, de dispensation et de suivi des patients. L’objectif de ce travail est de décrire le retour d’expérience d’une rétrocession hospitalière impliquée dans la gestion des médicaments à base de cannabis et dans l’accompagnement des patients inclus dans l’expérimentation.
Matériel & méthode : Etude rétrospective monocentrique sur les données du 1er mars 2021 au 28 février 2026. L’analyse a porté sur les caractéristiques des patients (âge, sexe, indication), les modalités du suivi pharmaceutique (durée, relai en officine ou en autre rétrocession, arrêt, motif d’arrêt), des médicaments (nombre de références, de commandes), l’activité de dispensation (nombre de passages en rétrocession et de lignes dispensées) et les recettes (indemnisation initiale puis marges de rétrocession). Les données ont été recueillies à partir des logiciels CPAGE® et Copilote® et des données pharmaceutiques issue du registre national RECANN.
Résultats & discussion : Sur la période, 62 patients ont été inclus (sexe ratio H/F : 1,8). L’âge médian à l’inclusion était de 57 ans chez les adultes et 12 ans en pédiatrie. Les douleurs neuropathiques concernaient 40 % des patients, suivies des spasticités douloureuses (27 % SEP, 14 % hors SEP), des soins palliatifs (11 %) et de l’épilepsie (8 %). Aucun patient n’a été inclus pour « symptômes rebelles en oncologie ». Au total, 146 commandes de 15 références d’huiles ou sommités fleuries ont été réalisées. L’activité représentait 862 passages en rétrocession et 1263 lignes dispensées. Les recettes associées aux dispensations atteignaient 15 520 euros. Un échange pharmacien–médecin avait lieu à chaque inclusion et un support personnalisé était remis à chaque dispensation. Parmi les 62 patients, 30 ont arrêté après une durée médiane de 5 mois, 17 ont poursuivi en officine, 2 dans une autre rétrocession, 10 sont toujours suivis (durée médiane : 44 mois) et 3 ont été perdus de vue. Les motifs d’arrêt étaient l’inefficacité (28 %), la perte d’efficacité (24 %), le décès (24 %), la mauvaise tolérance (14 %), une contrainte liée au traitement (7 %) ou une rupture d’approvisionnement (3 %). Les difficultés d’approvisionnement (ruptures, changements ou interruption de marché) ont parfois compromis l’équilibre thérapeutique et conduit à des arrêts pour perte d’efficacité.
Conclusion : Cette expérience confirme le rôle central du pharmacien dans la sécurisation du circuit, l’accompagnement des patients et la coordination avec les prescripteurs. Elle souligne la nécessité de généraliser ce dispositif dans un cadre pérenne et structuré pour répondre aux besoins thérapeutiques de certains patients. Une formation spécifique, étendue aux préparateurs, demeure indispensable pour harmoniser les pratiques et garantir une prise en charge optimale.
Mots-clefs : Rétrocession hospitalière, Sécurisation de la prise en charge médicamenteuse, Lien ville-hôpital, Approvisionnement, Rupture d´approvisionnement