Évaluation de la stabilité d’une préparation injectable de sufentanil–ropivacaïne : validation de la méthode de dosage du sufentanil et étude de dégradation forcée.
Dahlia KHALIL1, Mathilde Aubruchet1, Charlotte BARDIN 1, Loïc Penet 1, Fardous Sayed 1, Pascal Rathelot1, Christophe Curti1, Romain PAOLI-LOMBARDO1, Edouard Lamy1, Coraline CASTERA-DUCROS1, Nicolas Primas 1
(1) Service Central de la Qualité et de l’Information Pharmaceutiques, Laboratoire de Contrôle de la Qualité, hôpital de la Conception, 147 boulevard Baille, 13005 Marseille
Introduction : Le sufentanil, opioïde puissant, et la ropivacaïne, anesthésique local, sont souvent associés pour l’analgésie péridurale en obstétrique, assurant un contrôle efficace de la douleur tout en limitant les effets indésirables. Cette étude vise à évaluer la stabilité du mélange sufentanil (0,25 µg/mL)–ropivacaïne (1 mg/mL) dans des poches de perfusion, en s’appuyant sur la validation d’une méthode analytique de dosage du sufentanil ainsi que sur des études de dégradation forcée.
Matériel & méthode : L’automate utilisé pour cette étude par chromatographie liquide haute performance (CLHP) est l’Ultimate Dionex 3000, couplé au logiciel Chromeleon. La colonne utilisée est une Macherey-Nagel Nucleosil 100-5 C18 (250 × 4,6 mm). La phase mobile est constituée d’un mélange méthanol/acétonitrile/acétate d’ammonium 0,13 M (45:24:31, v/v/v), ajusté à pH 7,2, avec un débit de 1,5 mL/min et une détection à 228 nm. La méthode de dosage, validée selon l’ICH (Q2, R1), est issue de la Pharmacopée américaine (USP 43–NF 38, vol. 2). Une étude d’adsorption a été réalisée sur des poches de perfusion (Ecoflac® et NaCl 0,9 %) et des dispositifs obstétricaux, avec dosage du mélange par HPLC. Des contrôles physicochimiques et microbiologiques (pH (Ph. Eur. 2.2.3), osmolalité (Ph. Eur. 2.2.35), particules (Ph. Eur. 2.9.19), endotoxines (Ph. Eur. 2.6.14)) ont été effectués selon la Pharmacopée Européenne. L’étude de stabilité portera sur ces poches stockées dans différentes conditions, avec un suivi du dosage par HPLC, du pH, de l’osmolalité, des particules et des endotoxines.
Résultats & discussion : La validation de la méthode de dosage du sufentanil a été réalisée selon trois paramètres : la linéarité, évaluée par 7 dosages réalisés par différents opérateurs à 7 concentrations distinctes (0,005 ; 0,10 ; 0,20 ; 0,25 ; 0,30 ; 0,50 ; 1,00 µg/mL) ; la répétabilité, déterminée par 18 dosages réalisés par un seul opérateur pour les concentrations 0,20 ; 0,25 et 0,30 µg/mL ; et la fidélité intermédiaire, examinée en tenant compte des variations liées à l’opérateur, au jour et à l’appareil pour ces 3 mêmes concentrations.Le coefficient de variation obtenu pour l’ensemble des analyses est inférieur à 5%. L’étude d’adsorption réalisée n’a montré aucune adsorption significative, indiquant que le phénomène est limité au matériel analytique. La dégradation forcée a été réalisée pour atteindre environ 20 % de dégradation dans différentes conditions (lumière, chaleur, milieux acide, basique, oxydant). Le sufentanil est stable à la lumière mais se dégrade d’environ 20 % après 1 h à 80 °C, et atteint la même dégradation en milieu oxydant (H₂O₂ 15 %) après 72 h et en milieu acide (HCl 3 M) après 3 h.
Conclusion : La méthode de dosage du sufentanil par CLHP est validée comme indicatrice de stabilité. Celle de la ropivacaïne avait été préalablement validée. L’étude d’adsorption n’a montré aucune perte significative de principe actif dans les poches de perfusion. L’étude de stabilité est en cours, et les résultats de la dégradation forcée permettront de définir les conditions optimales de conservation du mélange sufentanil–ropivacaïne.
Mots-clefs : Contrôles analytiques, Contrôles qualités, Préparations hospitalières, Adaptation posologique