Prise en charge médicamenteuse en réanimation adulte : quelle contribution de l’interne en pharmacie clinique ?
Wendy JOHNSON1, Guillaume LEAU1, Jeoffrey PIRAULT2, Jean-Damien RICARD2, Cécile DUEZ1
(1) Pharmacie, Hôpital Louis-Mourier, 178 Rue des Renouillers, 92700 Colombes
(2) Médecine intensive-réanimation, Hôpital Louis-Mourier, 178 Rue des Renouillers, 92700 Colombes
Introduction : Le service de réanimation adulte comprend 12 lits de médecine intensive-réanimation (MIR) et 6 lits de soins intensifs polyvalents (USIP). Les patients pris en charge y sont particulièrement vulnérables, souvent comorbides et polypathologiques. Dans ce contexte, les prescriptions médicamenteuses sont exposées à un risque accru d’évènements indésirables : allergies non prises en compte, erreurs de posologie, contre-indications, traitements non repris… Pour la première fois au sein de la réanimation de Louis-Mourier, un interne en pharmacie clinique a intégré le service, avec pour mission principale de participer à la sécurisation de la prise en charge médicamenteuse du patient.
Matériel & méthode : Après une phase d’observation et de formation, sous l’encadrement d’un médecin et d’un pharmacien, l’interne en pharmacie présent à temps plein, participe aux visites et aux staffs pluridisciplinaires biquotidiens (suivis clinico-biologiques). Depuis le 5 janvier 2026, une analyse pharmaceutique des prescriptions est mise en œuvre avec interventions pharmaceutiques (IP) en cas d’anomalie, discutées avec les médecins et tracées. Des entretiens pharmaceutiques sont réalisés avec les patients en état de communiquer, ainsi que des enquêtes de pharmacovigilance en cas d’événement indésirable suspecté. L’ensemble des activités est enregistré informatiquement en vue de l’analyse des IP (nature, type, suivi, temps dédié) par un binôme médecin/pharmacien.
Résultats & discussion : Entre le 5 janvier et le 22 mars 2026, 296 prescriptions ont été analysées. Au total 25 IP ont été réalisées (8% des prescriptions), dont 76 % (n=19) ont conduit à une modification de la prescription. Les principales anomalies concernaient les modalités d’administration (48 %, n=12), un surdosage (32 %, n=8) et un sous-dosage (20 %, n=5). Ces interventions concernaient toutes les classes pharmacologiques, principalement les anti-infectieux et les antalgiques. 3 entretiens pharmaceutiques ont été réalisés (2 en USIP, 1 en MIR). 6 enquêtes de pharmacovigilance ont été menées, dont 4 liées à des traitements antérieurs à l’admission et 2 introduits au cours de l’hospitalisation. Le temps moyen consacré à une IP a été de 37,5 minutes [15 min-1h]. Les entretiens pharmaceutiques nécessitaient en moyenne 1h30, tandis que les déclarations de pharmacovigilance et leur suivi étaient plus chronophages, pouvant atteindre 4 heures.
Conclusion : La fréquence des IP reste limitée en raison de la protocolisation (par un médecin anciennement pharmacien) et de la séniorisation des prescriptions, mais le dispositif couvre des missions plus larges (recherche, pharmacovigilance, bon usage). L’intégration d’un interne en pharmacie constitue un levier d’optimisation des prescriptions et de vigilance médicamenteuse, avec une bonne adhésion de l’équipe médicale et paramédicale. Malgré un impact en cours d’évaluation, ces résultats soutiennent le maintien du dispositif.
Mots-clefs : Pharmacie clinique, Analyse prescription, Intervention pharmaceutique, Pharmacovigilance, Sécurisation de la prise en charge médicamenteuse