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Pratique professionnelle
192 PP
Protocoles antalgiques : quelle place du tramadol dans la prise en charge de la douleur en établissements de santé ?

Elise Tupinier1, Virginie Chopard1, Pierre Le Quinio2, Athénaïs Ercker2, Céline Meyer2, Raoul Santucci2
(1) OMEDIT Grand Est, Agence Régionale de Santé Grand Est, 3 Boulevard Joffre, 54000 Nancy
(2) OMEDIT Grand Est, Agence Régionale de Santé Grand Est, 14 rue du Maréchal Juin, 67100 Strasbourg

Introduction : Le tramadol, antalgique de palier II, fait l’objet de controverses en raison de son potentiel addictif et de son profil de tolérance limité, notamment chez les sujets âgés, pour lesquels il constitue un médicament potentiellement inapproprié. Dans un contexte de renforcement du cadre réglementaire, l’évaluation des pratiques de prescription apparaît nécessaire. La réflexion autour de son bon usage inclut également la question de sa déprescription lorsque le rapport bénéfice/risque devient défavorable. L’objectif de l’étude était d’analyser sa place dans les protocoles antalgiques hospitaliers et d’identifier des axes d’amélioration pour un usage plus sécurisé.
Matériel & méthode : Les protocoles antalgiques contenant du tramadol ont été extraits des logiciels d’aide à la prescription dans un échantillon d’établissements de santé (ES) de la région sur une période de 4 mois. Ce recueil a permis de constituer une base de données afin de les catégoriser et de réaliser des analyses quantitatives et qualitatives, incluant des comparaisons inter-établissements.
Résultats & discussion : Le tramadol représentait 20% (654/3242) des lignes de prescription, majoritairement en prescription systématique (385/654 ; 59%). Parmi les prescriptions conditionnelles, 71% (192/269) comportaient des conditions d’administration détaillées tandis que 29% (77/269) se limitaient à la mention « si besoin ». Une durée de traitement était précisée dans 90 % des protocoles, le plus fréquemment 1, 3 et 5 jours. Concernant la voie d’administration, la voie orale était prédominante (7/12 ES), tandis que la voie intraveineuse était le plus souvent prescrite de manière systématique (8/12 ES). Des insuffisances rédactionnelles ont été identifiées : non-respect de la limite d’âge (86 % des protocoles), absence d’alerte liée au poids (95 % des protocoles) et absence de mention de la dose maximale ou des risques de surdosage dans 75 % des établissements. Par ailleurs, 41% (5/12 ES) ne traçaient pas l’évaluation de la douleur et 50% positionnaient le tramadol en première intention sans notion d’échec à un antalgique de palier I. Ces résultats ont fait l’objet d’une restitution aux ES participants lors d’un webinaire, permettant d’identifier des pistes d’amélioration des pratiques.
Conclusion : Cette étude met en évidence une forte hétérogénéité des pratiques de prescription et donc d’utilisation du tramadol. Elle souligne la nécessité d’harmoniser les protocoles, de renforcer la formation des prescripteurs et d’améliorer la traçabilité de l’évaluation de la douleur. L’intégration de stratégies de déprescription du tramadol constitue un levier essentiel pour sécuriser son usage. Dans un contexte marqué par un recours croissant au néfopam comme alternative au tramadol, une démarche similaire pourra être engagée pour encadrer la prescription de ce médicament.
Mots-clefs : Analyse prescription, Médicament potentiellement inapproprié, Sécurisation de la prise en charge médicamenteuse
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