Médicaments potentiellement inappropriés chez le sujet âgé : évaluation des pratiques professionnelles dans un établissement privé
Aya KHNABA1, Lea SAVIO1, Joelle DEROUDILHE1, Laurie Akcora1
(1) Pharmacie, Polyclinique saint-roch, 560 Avenue du Colonel André Pavelet, 34070 Montpellier
Introduction : Un médicament potentiellement inapproprié (MPI) est défini comme un médicament dont le rapport bénéfice/risque est défavorable ou dont l’efficacité est discutable par rapport à d’autres alternatives thérapeutiques. L’utilisation de MPI chez le sujet âgé (SA) est associée à une augmentation de la morbi-mortalité, et représente donc un enjeu majeur de santé publique. Les objectifs de cette étude étaient d´évaluer la proportion de MPI prescrits chez le SA hospitalisé, de proposer des modifications thérapeutiques et de suivre leur taux d’acceptation.
Matériel & méthode : Une analyse prospective a été menée de janvier à mars 2026 chez des SA de plus de 75 ans ou de plus de 65 ans si polypathologiques, hospitalisés dans les unités de gériatrie et péri-opératoire de gériatrie. Le recueil de données a été réalisé à J0, J3 et à la sortie du patient, à l’aide d’une grille d’audit d’évaluation des pratiques professionnelles de l’Observatoire du médicament, des dispositifs médicaux et de l’innovation thérapeutique de la Nouvelle-Aquitaine, basée sur la liste Remédies. En complément, les critères STOPP/START ont été utilisés afin d’assurer la pertinence des alternatives proposées.
Résultats & discussion : Trente patients ont été inclus dans l’EPP (âge moyen 86.3 ± 6.26 ans ; sexe ratio 0,2 ; durée de séjour 8.8 ± 3.61 jours). Après analyse, 77% des prescriptions contenaient au moins un MPI avant réévaluation (en moyenne 0.93 MPI par prescription). Concernant la répartition des MPI : 57% correspondaient à des inhibiteurs de pompe à proton (IPP) au long cours, 11% à des benzodiazépines (BZD) à demi-vie longue, 7% à des BZD à posologie supérieure à la demi‐dose proposée chez l’adulte jeune, 7% à des redondances pharmacologiques et autres classes marginales. Parmi les MPI identifiés, 96% ont fait l’objet d’une proposition de modification thérapeutique (56% d’arrêt, 22% de changement de molécule et 22% d’adaptation de posologie) et 30% de ces propositions ont été acceptées. Seules les propositions en lien avec les MPI du système digestif et les associations médicamenteuses ont été acceptées, avec respectivement 44% et 50% de taux d’acceptation. Suite aux modifications proposées, on note une baisse de 29% des MPI sur les prescriptions de sortie (en moyenne 0.67 MPI par prescription).
Conclusion : Nos résultats mettent en évidence une proportion importante de MPI chez le SA au sein de notre établissement, globalement supérieure à celle rapportée dans la littérature. Les principaux médicaments identifiés étaient les IPP et les BZD. Le taux d’acceptation des modifications thérapeutiques apparaît faible, inférieur à celui décrit dans la littérature. Néanmoins, une diminution du nombre de MPI a été observée sur les ordonnances de sortie. Un plan d’action a été mis en place afin de sensibiliser les gériatres aux MPI et aux propositions d’optimisation thérapeutique, avec la perspective de réaliser une seconde EPP.
Mots-clefs : Médicament potentiellement inapproprié, Evaluation des pratiques professionnelles (EPP), Analyse prescription, Gériatrie, Audit