Pratiques à risque en réanimation : la formation comme levier de sécurisation de l’administration des chimiothérapies
Emma SADIK1, Morgane RENAULT-MAHIEUX1, Ann-cécile PALLUD2, Keyvan RAZAZI2, Valérie CORBRION-ARCHER1, Muriel CARVALHO1, Laura BOUABDALLAH-PERRIN 2
(1) Pharmacie à usage intérieur , HU Henri Mondor, 1 rue Gustave Eiffel , 94000 Créteil
(2) Service médecine intensive- réanimation , HU Henri Mondor , 1 rue Gustave Eiffel, 94010 Créteil
Introduction : La prise en charge de patients atteints de pathologies onco-hématologiques sévères en réanimation conduit à une augmentation de l’administration de chimiothérapies par des infirmiers souvent non spécifiquement formés. Un audit a été réalisé en 2025 afin d’évaluer les pratiques, simulant une administration dans une chambre de réanimation. Il portait sur 6 thématiques : prescription, réception, vérifications pré-administration, administration, élimination, incidents. Le taux de conformité globale était de 64.8% avec des points forts comme la réception (83.8%), la conservation (72.5%) et l’identitovigilance (92%). Des axes d’amélioration ont été identifiés : vérifications pré-administration (53.3%), utilisation des arbres à chimiothérapie (35%), gestion des incidents (42.8%). Suite à ce résultat un besoin de formation a été identifié. L’objectif de ce travail a été d’évaluer l’impact d’une formation spécifique sur la conformité du circuit des chimiothérapies en réanimation.
Matériel & méthode : Une formation a été élaboré par une étudiante en pharmacie encadré par 2 pharmaciens (clinicien en réanimation, spécialisé en pharmacotechnie) Elle a été réalisée sur une semaine à l’ensemble de l’équipe infirmière de jour. Suite à cette formation, le même audit qu’en 2025 a été réalisé. Les données ont été regroupées dans Excel® et comparées à celles de 2025 par le test exact de Fischer (GraphPad®) avec un seuil de significativité fixé à p<0,05.
Résultats & discussion : Vingt-six infirmiers ont été audités suite à la formation (100% des effectifs de jour). Le taux de conformité global était de 72.1% (p<0.0001). La vérification de la prescription était conforme à 100%. La réception était conforme à 63.5 % (versus 83.8% pour le premier audit, p<0.0001), l’identitovigilance 73.3% (p=0.041), et la conservation 66.7% (p=0.060). Les vérifications pré-administrations étaient conformes à 65.1% (p=0.001). L’administration était conforme à 71.8% (p=0.999), avec une utilisation conforme de l’arbre à chimiothérapie de 61.5% (p=0.045). La gestion des incidents était conforme dans 82.7% des cas (p<0.0001).
Ces résultats montrent une amélioration significative des pratiques après formation. L’utilisation des arbres à chimiothérapie constituait le point critique de 2025, témoignant d’une méconnaissance de ce dispositif de sécurisation. L’amélioration observée traduit une meilleure intégration de l’outil dans les pratiques, mais son utilisation reste insuffisamment maitrisée. Des lacunes au niveau de la réception, du stockage et de la gestion des déchets ont été identifiées. Une formation pratique complémentaire et des outils pratiques pourraient permettre de continuer à améliorer les pratiques.
Conclusion : L’association audits/formation contribue à l’amélioration de la sécurité d’administration des chimiothérapies en réanimation. Les progrès sont réels mais partiels. L’intégration d’exercices pratiques en simulation et des audits réguliers permettraient de maintenir un niveau de sécurité adapté à la complexité des soins.
Mots-clefs : Amélioration de la qualité, Audit, Chimiothérapie, Amélioration de la qualité, Evaluation des pratiques professionnelles (EPP)