Espace posters 2026
Médicaments
074 M
Interactions médicamenteuses du CYP3A4 en oncohématologie : impact potentiel de l’inflammation sur les anticancéreux oraux.

Mathilde JAGOT LACOUSSIÈRE1, David Malnoë2, Pascal Le Corre3
(1) Pharmacie secteur Pharmacotechnie-OncoPharmacie, CHU Rennes, 2 Rue Henri le Guilloux, 35000 Rennes
(2) Laboratoire de Biopharmacie Pharmacie Clinique, Faculté de pharmacie, Campus de Villejean, 2 Av. du Professeur Léon Bernard , 35000 Rennes
(3) Laboratoire de Biopharmacie Pharmacie Clinique, Faculté de Pharmacie, Rennes et Pharmacie secteur Pharmacotechnie-OncoPharmacie, CHU Rennes, 2 Rue Henri le Guilloux Campus de Villejean, 2 Av. du Professeur Léon Bernard , 35000 Rennes

Introduction : Le cytochrome P4503A4 métabolise environ 50% des médicaments, dont de nombreux anticancéreux oraux. Son activité est modulée par les interactions médicamenteuses, mais aussi par les cytokines pro-inflammatoires (IL-6, TNF-α) qui répriment son expression de façon comparable à un inhibiteur modéré. En oncohématologie, les états inflammatoires sont fréquents, liés à la pathologie, aux infections ou aux traitements. Or les recommandations d’ajustement posologiques des substrats lors de la co-prescription d’un inhibiteur du CYP3A4 ne tiennent pas compte de cette répression enzymatique inflammatoire. Objectif : Evaluation de l’impact potentiel de l’inflammation, selon ses différents niveaux, sur la pertinence des interactions médicamenteuses impliquant les anticancéreux oraux substrats du CYP3A4.
Matériel & méthode : L’étude rétrospective monocentrique, menée au sein du service d’hématologie clinique adulte du CHU de Rennes (2024) via l´exploitation de l’entrepôt de données de santé eHOP, a inclus des patients présentant une interaction médicamenteuse substrat-inhibiteur, stratifiés selon différents niveaux d´inflammation (CRP : < 40 mg/L, faible inflammation ; 40-200 mg/L, inflammation modérée ; > 200 mg/L inflammation sévère). Une modélisation pharmacocinétique de (Malnoë et al. 2025) a permis d’estimer les valeurs de CRP en pourcentage d’activité résiduelle du CYP3A4.
Résultats & discussion : 485 patients hospitalisés sur la période, 25 patients inclus (43 séjours, hommes, âge moyen 48.6 ans), majoritairement atteints de leucémie aiguë myéloïde (64%). Substrats du CYP3A4 principaux : midostaurine (17 séjours), venetoclax (7), gilteritinib (4), dasatinib (4). Principaux inhibiteurs : posaconazole (26 séjours), isavuconazole (11). Parmi les 43 séjours analysés, 11 présentaient une CRP exclusivement mineure et 4 exclusivement modérée. Une évolution entre plusieurs stades était observée dans 26 séjours : mineur-modéré (n=16), mineur-modéré-sévère (n=8), et modéré-sévère (n=2). La modélisation fait ressortir trois situations : A) forte répression inflammatoire (activité résiduelle <25%), où l’inhibiteur n’exerce plus qu’un effet marginal, la surexposition est majoritairement imputable à la phénoconversion inflammatoire et non à l’interaction médicamenteuse ; B) répression intermédiaire (25-50%) ou l’inflammation et inhibition se potentialisent ; C) faible répression (>50%) ou les recommandations habituelles restent applicables.
Conclusion : L’état inflammatoire module de façon non négligeable la pertinence des interactions médicamenteuses impliquant le CYP3A4. La seule présence d’un inhibiteur est insuffisante pour guider l’ajustement posologique des anticancéreux oraux en hématologie. L’intégration de la CRP dans la décision, selon une approche à trois niveaux de répression enzymatique, ouvre la voie à une individualisation thérapeutique et justifie une étude pharmacocinétique prospective avec un suivi thérapeutique pharmacologique et suivi des biomarqueurs inflammatoires.
Mots-clefs : Adaptation posologique, Interaction médicamenteuse, Chimiothérapie orale
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