Etude PRISME évaluant l´impact d´une campagne de bilan de médication systématique en EHPAD sur le risque iatrogène et la polymédication : étude rétrospective monocentrique avant-après
Benjamin Bertrand1, Aurélien Mekideche1, Célie Parat1, Karim Alhajj1, Mélanie Touche1
(1) Unité de Pharmacie Clinique, CH de Grasse, Chemin de Clavary, 06130 Grasse
Introduction : La polymédication et le risque iatrogène sont fréquents chez les résidents d’EHPAD. Les bilans de médication restent encore peu déployés dans le secteur médico-social et l’évaluation de leur impact sur l´optimisation de la prise en charge médicamenteuse apparaît ainsi nécessaire.
Matériel & méthode : Étude rétrospective monocentrique avant-après évaluant l´intérêt d´une campagne de bilans de médication (BM) systématiques chez les résidents d’un EHPAD. Le BM a été réalisé par l´équipe pharmaceutique selon les recommandations de la SFPC, à l´aide d´un logiciel de pharmacie clinique (Bimedoc).
Le critère principal est le nombre de problèmes liés à la thérapeutique (PLT) détectés et le taux d´acceptation des interventions pharmaceutiques (IP) correspondantes. Les critères secondaires concernent la description des PLT et des IP correspondantes, ainsi que l´évolution du nombre total de médicaments, du nombre de médicaments potentiellement inappropriés (MPI) (Beers Criteria® expert panel, 2023), des scores anticholinergiques selon les échelles CIA (Briet J, 2015) et ACB (Boustani M, 2008) et du score de risque d´évènements indésirables médicamenteux (Trivalle C, 2012).
Résultats & discussion : Cent-treize résidents ont été inclus, avec un âge moyen de 86 ans, dont 67% de femmes.
Au total, 419 PLT ont été identifiés, soit en moyenne 3,6 PLT par résident, avec un taux d´acceptation de 76%. Les PLT majoritairement identifiées correspondent à la prescription sans indication justifiée dans 65 cas et à la non-conformité aux consensus, recommandations ou référentiels dans 62 cas. Systématiquement, une IP a été formulée et l´IP la plus fréquente propose l´arrêt d’un médicament sans indication dans 130 cas.
Une diminution significative du nombre de médicament est observée, passant en moyenne de 11,2 (+/- 4,1) à 9,9 (+/- 3,5), soit une réduction moyenne de 1,26 médicament (IC95% [0,95-1,57] ; p<0.001). Le nombre de MPI tend à diminuer passant en moyenne de 2,4 (+/- 1,3) à 1,8 (+/- 1,2), ainsi que les scores ACB et CIA qui passent respectivement de 1,2 (+/-1,4) à 0,9 (+/- 1,3) et de 2,4 (+/- 2,0) à 2,1 (+/- 1,9). Le score de risque Trivalle, coté de 0 à 10, a significativement diminué avec une réduction moyenne de 0,67 point (IC95% [0.35-0.99] ; p<0.001).
Conclusion : L´étude PRISME a permis de constater que le risque iatrogène et la polymédication demeurent importants en EHPAD. La campagne de BM est associée à une amélioration significative de plusieurs indicateurs de la qualité de la prise en charge médicamenteuse en gériatrie, avec la diminution de la polymédication, du nombre de MPI, de la charge anticholinergique et score de risque d´évènements indésirables médicamenteux. Le secteur médico-social, notamment les EHPAD, disposent d´une moindre présence des pharmaciens cliniciens alors que cette étude démontre l´intérêt des soins pharmaceutiques pour l´amélioration de la qualité de la prise en charge médicamenteuse.
Mots-clefs : Médicament potentiellement inapproprié, Pharmacie clinique, Gériatrie