Vers le déploiement du Renouvellement et Adaptation Thérapeutique Directs ou Concertés : recueil des besoins et des perceptions des différents acteurs
Kim-Ly TRUONG1, Rémy RACINEUX1, Léa LIAIGRE1, Dorothée LOMBARDO1, Sébastien CHANOINE1, Pierrick BEDOUCH1
(1) Pharmacie clinique , Centre Hospitalier Universitaire Grenoble Alpes, Boulevard de la Chantourne, 38700 La Tronche
Introduction : Depuis l’arrêté de 2023, le renouvellement et l’adaptation thérapeutique directs ou concertés (RATD/RATC) font partie des nouvelles missions du pharmacien clinicien, mais leur déploiement reste limité. Dans notre centre hospitalier universitaire (CHU), le suivi thérapeutique pharmacologique (STP) et l’adaptation posologique (AP) des immunosuppresseurs (IS) pour les patients transplantés pulmonaires (PTP) reposent sur une collaboration entre pharmaciens, infirmières de coordination (IDEC) et médecins. Ce mode de fonctionnement est proche du RATD/RATC, bien que la prescription reste médicale.
L’objectif était de recueillir les besoins et perceptions des différents acteurs concernés en vue du déploiement du RATD/RATC.
Matériel & méthode : Un questionnaire de 25 questions (18 fermées et 7 ouvertes) a été élaboré autour de 3 thématiques : sociodémographie, avis sur l’organisation actuelle et perception du RATD/RATC dans le cadre du STP et de l’AP des IS (tacrolimus, ciclosporine, évérolimus). Les données ont été recueillies lors d’entretiens semi-dirigés de 15 minutes auprès des professionnels impliqués dans la prise en charge (PEC) des PTP dans notre CHU.
Résultats & discussion : 12 professionnels ont participé : 4 médecins seniors, 2 internes en médecine, 2 pharmaciens seniors, 2 internes en pharmacie, 1 IDEC et 1 externe en pharmacie. Parmi eux, 66,7% étaient des femmes ; 41,7% exerçaient depuis 1 à 5 ans et 33,3% depuis plus de 20 ans.
L’organisation actuelle était connue (83,3%) et jugée satisfaisante (note moyenne : 8,1/10). Elle était perçue comme sécurisée, fluide et l’intervention pharmaceutique était jugée utile (100%). Cependant, 50% des participants n’identifiaient pas de gain de temps dans le suivi des IS. Un quart rapportait des difficultés : délais de prescription, transmission de l’information et redondance des tâches. Les atouts étaient une meilleure connaissance des rôles de chacun et une prescription plus sécurisée.
Le RATD/RATC était connu par 66,7% des professionnels. Sa pertinence était évaluée à 8,25/10. Le RATC était le modèle jugé le plus pertinent (66,7%). La majorité des participants (66,7%) préférait sa mise en place à l’organisation actuelle, tandis que 33,3% ne se prononçaient pas. Tous se déclaraient favorables à son déploiement. Le bénéfice attendu était le gain de temps dans la PEC des patients. Les freins relevés étaient les divergences de décision, la gestion des situations complexes, le manque de clarté sur les responsabilités et la disponibilité pharmaceutique. Certains professionnels envisageaient d’étendre ce dispositif à l’ensemble des traitements (supplémentations, vaccinations...). Les médecins préféraient le prioriser pour les PTP stables et investis dans leur PEC. Un protocole concerté apparaissait indispensable.
Conclusion : Malgré une organisation actuelle jugée satisfaisante et sécurisée, plusieurs axes d’amélioration persistent. Le RATD/RATC s’inscrit dans la continuité des pratiques existantes. La préférence pour le RATC suggère la volonté des professionnels d’encadrer cette pratique par un protocole concerté, dans une approche pluridisciplinaire adaptée à la PEC des PTP.
Mots-clefs : Pharmacie clinique, Adaptation posologique, Sécurisation de la prise en charge médicamenteuse, Marge thérapeutique étroite