Evaluation de l’intérêt du rouge carmin dans l’efficacité des mélanges de poudres pour préparations pharmaceutiques
Charlotte Bardin1, Mathilde Aubruchet1, Dahlia Khalil1, Loïc Penet1, Romain Paoli-Lombardo1, Caroline Castera-Ducros1, Edouard Lamy1, Patrice Vanelle1, Pascal Rathelot1, Nicolas Primas1, Christophe Curti1
(1) SCQIP, Conception, 147 boulevard Baille , 13005 Marseille
Introduction : Le rouge carmin est un colorant naturel d’origine animale extrait de la cochenille (Dactylopius coccus) utilisé comme excipient dans certaines préparations hospitalières. Il peut servir d’indicateur visuel d’homogénéité lors du mélange de poudres pour la fabrication de gélules. Néanmoins, des effets indésirables, notamment allergiques, ont été rapportés [1]. Par ailleurs, son efficacité réelle pour refléter l’homogénéité des mélanges n’a pas été formellement démontrée, : une étude utilisant un colorant jaune dans des gélules, a montré que le colorant seul ne garantit pas une homogénéité fiable [2]. L’objectif de cette étude est d’évaluer l’intérêt du rouge carmin dans les préparations hospitalières.
Matériel & méthode : Les propriétés granulométriques de plusieurs poudres ont été déterminées par diffraction laser, afin de sélectionner deux principes actifs (PA) de tailles de particules distinctes : la spironolactone (distribution hétérogène) et le phénobarbital (distribution plus homogène). Les excipients utilisés sont la cellulose microcristalline et le rouge carmin. Des gélules de 10 mg ont été préparées selon une méthode gravimétrique, et analysées conformément aux Bonnes Pratiques de Préparation et de la Pharmacopée européenne. Pour chaque PA, 5 lots ont été réalisés par 5 manipulateurs différents selon deux méthodes : (1) mélange manuel au mortier pendant 10 minutes sans colorant ; (2) mélange manuel au mortier avec colorant et arrêt basé sur l’homogénéité visuelle. Pour chaque lot, 10 gélules ont été analysées par Chromatographie Liquide à Haute Performance (CLHP), afin de déterminer la teneur moyenne, l’écart-type et la valeur d’acceptation (VA), conformément aux recommandations 2.9.40 « Uniformité de teneur » (Ph. Eur. 12e éd.).
Résultats & discussion : Pour le phénobarbital, 2 lots sur 5 sont conformes avec la méthode sans colorant et avec le rouge carmin. Toutefois, la moyenne des VA et l’écart-type global (calculé sur l’ensemble des lots) sont plus élevés avec le rouge carmin.
Pour la spironolactone, 5 lots sur 5 étaient conformes avec la méthode sans rouge carmin contre 3 lots sur 5 avec le rouge carmin. De même, la moyenne des valeurs d’acceptation et l’écart-type sont plus élevés avec le rouge carmin.
Ces résultats suggèrent que le rouge carmin peut induire une fausse perception d’homogénéité, en reflétant uniquement la distribution du colorant dans l’excipient et pas celle du PA. Un temps de mélange standardisé semblerait plus fiable.
Conclusion : Au vu des résultats obtenus sur ces 2 préparations, l’utilisation du rouge carmin comme indicateur visuel ne paraît pas pertinente et pourrait altérer la qualité des préparations. Si le temps de mélange de 10 minutes est approprié pour la spironolactone, il reste insuffisant pour le phénobarbital. Des études complémentaires sont nécessaires pour définir un temps moyen de mélange manuel approprié qui semble dépendant de la nature des poudres à mélanger.
[1] Liippo J, Lammintausta K. Eur Ann Allergy Clin Immunol. 2015;47:206-210.
[2] Hoffmann B, Carlson C, Rao DA. Int J Pharm Compd. 2014;18:341-344.
Mots-clefs : Amélioration de la qualité, Bonnes pratiques de préparation, Contrôles analytiques, Contrôles qualités, Préparations hospitalières