Incompatibilités physico-chimiques des médicaments : vers un bon usage des médicaments par voie injectable dans un service de gastro-entérologie
Océane Garreau1, Marie Teissonnière1, Stéphanie Parat1
(1) Pharmacie, Centre Hospitalier Universitaire Lyon Sud, 165 Chemin du Grand Revoyet, 69310 Pierre-Bénite
Introduction : Les patients atteints de pathologies intestinales chroniques telles que les maladies inflammatoires chroniques et les cancers digestifs, nécessitent fréquemment l’administration de traitements par voie intraveineuse (IV). La polymédication expose à des risques d’incompatibilités physico-chimiques (PC) susceptibles d’entraîner précipitation, instabilité ou diminution de l’efficacité thérapeutique.
Les objectifs sont d’identifier les pratiques de prescription des médicaments IV dans un service de gastro-entérologie (HGE), d’évaluer leur conformité puis de recenser les incompatibilités PC potentielles.
Matériel & méthode : Un audit interne des prescriptions des médicaments administrés par voie IV a été menée dans l’unité d’HGE entre le 27/01/2026 et le 24/02/2026 basé sur le critère impératif 2.2-02 du guide méthodologique de l’HAS. La dénomination du médicament, le type de perfusion, le nombre de médicaments IV par patient et l´utilisation du protocole institutionnel ont été recherchés. Selon les molécules identifiées, les données de compatibilité PC ont été collectées à partir de plusieurs référentiels. Ces données, sous la forme d’un document de synthèse, seront mises à disposition de l’unité et de l’équipe pharmaceutique.
Résultats & discussion : Soixante patients sont inclus, représentant 244 prescriptions et 74 médicaments, soit une moyenne de 4 médicaments administrés par voie IV par patient. Parmi ces prescriptions, 59 % sont administrées en perfusion lente intermittente. Le protocole institutionnel est utilisé dans 23 % des cas. Les principales classes médicamenteuses sont les électrolytes (18,4 %), les anti-infectieux (17,2 %) puis les antalgiques (16,4 %), principalement représentés par le Chlorure de Sodium 0,9% (7.4%), la Pipéracilline-Tazobactam (5%), le Paracétamol (6.1 %) et la Morphine (6.1 %). Seules 8,1 % des prescriptions sont non conformes du fait de l’absence d’information sur le solvant et du volume nécessaire pour la perfusion. Le tableau d’incompatibilité PC comprend 72 molécules, 801 associations compatibles, 207 incompatibles, 69 données contradictoires et 1441 données manquantes. Un algorithme d’aide à la décision et une affiche facilitant l’accès à l’outil ont été développés. Ce travail met en évidence des prescriptions non conformes selon un critère impératif de l’HAS. Ces résultats suggèrent la nécessité d’une réflexion sur le logiciel d’aide à la prescription et la sécurisation de la prescription. L’interprétation des données de conformités doit être réalisée avec prudence dans le cas où un médicament peut être dilué ou non avant administration.
Conclusion : Le tableau des incompatibilités est un outil opérationnel pertinent pour sécuriser la prescription et l’administration des médicaments injectables selon les habitudes de prescription du service. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie globale de sécurisation du circuit du médicament notamment dans la perspective de la certification de l´établissement de santé en 2027 et qui pourrait être étendue à d’autres unités à risque.
Mots-clefs : Analyse prescription, Audit, Sécurisation de la prise en charge médicamenteuse