Médicaments non utilisés : un réemploi des retours depuis un automate de reconditionnement est-il possible ?
Lucie MELLET1, Laeticia Rame1, Fabrice Lagrange1
(1) Pharmacie, Centre hospitalier Pierre Lôo, 51 rue des hôtelleries, 58400 La Charité sur Loire
Introduction : La réduction du gaspillage médicamenteux constitue un enjeu écologique et économique majeur pour les établissements de santé en France. Les médicaments non utilisés génèrent un coût important et contribuent à l’empreinte environnementale. L’article 32 du PLFSS 2026 encourage les initiatives visant à limiter ces pertes. Dans ce contexte, les automates de reconditionnement pourraient améliorer la traçabilité et ouvrir la voie au réemploi des médicaments non utilisés en service de soins. La mise en place de cette activité nécessite toutefois de tenir compte des contraintes de temps et de main-d’œuvre afin qu’elle soit compatible avec le fonctionnement quotidien des services et de la pharmacie.
Nous avons évalué l’intérêt, en termes de coût, de volume et d’empreinte carbone, du réemploi des médicaments non utilisés en service et retournés à la pharmacie.
Matériel & méthode : Nous avons extrait la liste des médicaments de forme orale sèche non orodispersibles issus de la préparation des doses à administrer en sachets unidose. L’intérêt de la remise en stock a été évalué pour chaque spécialité selon trois critères : prix (>2 € ou <0,30 €), quantité attendue de retours sur 30 jours (>80 ou <30) et empreinte carbone (>500 gCO₂ ou <100 gCO₂). Les retours attendus ont été estimés à partir des données de retours collectés sur un mois dans les services. Une comparaison visuelle a permis d’identifier et d’exclure celles présentant un risque de confusion élevé.
Résultats & discussion : Nous avons extrait 434 médicaments non orodispersibles issus de la préparation des doses à administrer en sachet unidose. Les médianes (Q1-Q3) des prix, quantités attendues et empreintes carbone des spécialités extraites étaient respectivement de 0,33 [0,1-2,3] €, 5 [0-39] unités/30 j et 67 [31-271] gCO₂eq. Parmi ces traitements, 368 (84,8 %) ont été exclus en raison d’un prix et d’une quantité insuffisante, 14 (3,2 %) l’ont été en raison du cout et de l’impact carbone insuffisant et 10 (2,3 %) en raison des faibles quantités et impact carbone. Au total, 42 (9,7 %) des médicaments extraits ont été considérés comme réemployables. Les médianes (Q1-Q3) des prix, quantités attendues et empreintes carbone de ces spécialités étaient respectivement de 2,3 [0,4-5,1] €, 0 [0-5] unités/30 j et 265 [100-721] gCO₂eq. Après une analyse visuelle des spécialités retenues, aucun risque majeur de confusion n’a été retrouvé.
Le réemploi de ces spécialités représente une économie annuelle estimée à 2 000 € et de 136 tCO2eq.
Conclusion : Le nombre limité de spécialités réemployables constitue un atout en facilitant l’intégration de cette activité en routine sans surcharge de travail. Malgré ce volume restreint, l’impact économique et environnemental reste significatif. Le réemploi ciblé via un automate de reconditionnement apparaît comme une stratégie d’intérêt afin de réduire le gaspillage médicamenteux. La mise en place d’une valorisation carbone en établissement de santé renforcerait la rentabilité et l’intérêt de cette activité de réemploi, notamment pour les structures de taille moyenne.
Mots-clefs : Automate de dispensation, Développement durable, Délivrance nominative automatisée, Responsabilité sociétale et environnementale