Etude transversale du bon usage des antibiotiques en population gériatrique hospitalisée
Pauline DRAPÉ 1, Frederic MEUNIER1, Alexandra DUFFOUR 1
(1) Pharmacie, Hôpital Pierre Garraud , 136 rue du commandant charcot, 69005 lyon
Introduction : La prise en charge médicamenteuse du sujet âgé est rendue complexe par les modifications pharmacocinétiques et pharmacodynamiques liées au vieillissement, ainsi que par la polymédication caractérisant cette population. Dans un contexte d’antibiorésistance croissante et d´actualisation fréquente des recommandations de bon usage, l’optimisation des prescriptions d’antibiotique représente un enjeu important pour le prescripteur comme pour le pharmacien clinicien. En situation de ressources limitées, une recherche d’efficience dans la mise en place d’actions pharmaceutiques est légitime. L’objectif de cette étude était donc d’évaluer l’opportunité d’une analyse pharmaceutique ciblée de l’antibiothérapie du sujet âgé hospitalisé.
Matériel & méthode : Une étude transversale a été menée sur l’intégralité des 456 lits d’un hôpital gériatrique universitaire, comportant 151 lits de SMR (Soins Médicaux de Réadaptations) et 305 de SLD (Soins Longue Durée). L’ensemble des prescriptions d’antibiotiques ont été analysées, et les données suivantes collectées : l´indication, le traitement mis en place (molécule et posologie), la conformité aux recommandations, l´existence d’une documentation microbiologique, l´existence d’un réévaluation et les interventions pharmaceutiques réalisées.
Résultats & discussion : Trente patients ont été inclus (âge moyen 82,6 ans), avec une fonction rénale fréquemment altérée (médiane 59,1 ml/min). Les principales indications étaient les infections urinaires (33%) et les pneumonies (26%), avec 47% de prescriptions probabilistes. La conformité globale atteignait 90% et une réévaluation à 24–72 heures était réalisée dans 82% des cas. Le respect des durées de traitement restait insuffisant (54,5%), avec une tendance à la prolongation. Une documentation microbiologique était disponible dans 56 % des cas, conduisant à une adaptation du traitement dans 41 % des situations. Cinq interventions pharmaceutiques ont été identifiées (17%), portant sur la posologie (n=2), les interactions (n=1), la durée (n=1) et l’indication (n=1). Sur les cinq interventions réalisées, deux ont été suivies, tandis que trois n’ont pas été appliquées, dont une en raison du décès du patient, suggérant des limites en termes d’acceptabilité, de communication et de valorisation de l’expertise pharmaceutique.
Ces résultats soulignent une fréquence d’interventions pharmaceutiques supérieure à celle rapportée habituellement pour les aires thérapeutiques autres que l’antibiothérapie. Ceci met en lumière l’intérêt de cibler les antibiotiques dans l’analyse pharmaceutique. Au-delà du risque iatrogène induit par son mésusage, celui-ci se caractérise par un fort impact clinique en cas d’échec, et un rôle majeur dans l’apparition de résistances bactériennes. Le pharmacien clinicien y joue un rôle stratégique en optimisant les prescriptions, en sécurisant les traitements et en accompagnant les prescripteurs, notamment par l’ajustement des durées de traitement et la réévaluation régulière des thérapies, contribuant ainsi à une prise en charge plus sûre et efficace des patients.
Conclusion : Ce travail préliminaire, réalisé sur un effectif limité, met en évidence l’intérêt du ciblage des prescriptions antibiotiques et suggère des perspectives de déploiement, notamment via des outils d’aide à la prescription et une meilleure intégration du pharmacien, en faveur d’un usage plus approprié des antibiotiques.
Mots-clefs : Antibiothérapie, Gériatrie, Analyse prescription, Pharmacie clinique