Médicaments à haut risque en PUI : élaboration d’une liste pour la certification HAS
Julien AGAR1, Stéphanie PRADAL1, Marianne PINARD1, Christine BRIALLART1, Khouma TIMERA1, Corine DUVERNET1, Hanen HAMADI1, DAYAN Jessica1, Anne FRATTA1
(1) Pharmacie, Armand Trousseau, AP-HP, 12 avenue du Dr Arnold Netter, 75012 Paris
Introduction : Dans le cadre de la certification des établissements de santé par la Haute Autorité de Santé, le critère impératif 2.2-06 impose l’identification et la sécurisation des Médicaments à Haut Risque (MHR). L’adaptation des référentiels existants, notamment ceux de l’Institute for Safe Medication Practices, au contexte spécifique des Pharmacies à Usage Intérieur (PUI) apparaît nécessaire pour cibler les risques propres aux activités pharmaceutiques. L’objectif est d’élaborer une liste de MHR spécifique à notre activité en PUI dans un établissement pédiatrique.
Matériel & méthode : Un groupe de travail (GT) regroupant pharmaciens, préparateurs, interne et cadre a été constitué. La liste initiale issue d’un référentiel institutionnel (basé sur les « Never Events » et l’ISMP) a été analysée et adaptée au contexte de la PUI. Certains MHR ont été sélectionnés ou ajoutés en fonction des risques identifiés lors de l’analyse pharmaceutique et de la dispensation. Les mesures barrières existantes ont été recensées et complétées par de nouvelles.
Résultats & discussion : Le GT a mis en évidence que les principaux risques se concentrent sur les étapes de stockage et de dispensation. Les situations les plus à risque concernent la sélection du produit, notamment en présence de spécialités à dénominations proches, de concentrations multiples ou de formes et voies d’administration différentes. Ces facteurs sont majorés en contexte pédiatrique, exposant à des erreurs de confusion ou de concentration.
La liste de MHR spécifique à la PUI regroupe des médicaments d’urgence (catécholamines), les électrolytes hypertoniques, les immunosuppresseurs et anticancéreux à marge thérapeutique étroite (tacrolimus, méthotrexate), certains anti-infectieux à risque de toxicité ou de confusion (amphotéricine B), certains anesthésiques… Des médicaments à risque d’erreur liés aux modalités d’administration, ont été ajoutés à cette liste : notamment certaines spécialités présentant des concentrations différentes (captopril, propranolol, octréotide), ou des molécules pouvant être administrées par voie inhalée et injectable (colimycine, salbutamol, acétylcystéine).
Les mesures barrières identifiées s’organisent de manière complémentaire : sécurisation du stockage (emplacements dédiés et éloignement physique), renforcement des alertes informatiques (messages spécifiques, « Tall Man lettering »), dispensation sécurisée (dispensation nominative exclusive pour certains MHR) et sécurisation des pratiques (double contrôle pharmaceutique, étiquetage renforcé).
Conclusion : L’élaboration d’une liste de MHR spécifique à la PUI permet d’identifier des situations à risque spécifiques à l’activité de dispensation et de déployer des mesures de sécurisation adaptées. Elle constitue un levier pour répondre aux exigences de certification et renforcer la sécurité du circuit du médicament, sous réserve d’une actualisation régulière.
Mots-clefs : Amélioration de la qualité, Certification, Dispensation nominative, Sécurisation de la prise en charge médicamenteuse, Erreurs médicamenteuses