Médicaments à risque en pratique : que révèlent les interventions pharmaceutiques ?
Elodie DUCRET1, Ghassen Belhabib1, Clotilde Herlin1, Jean-Luc Pons1
(1) Pharmacie, Le Parc, chemin des aumuses, 95150 Taverny
Introduction : L’analyse pharmaceutique informatisée est réalisée quotidiennement pour l’ensemble des patients hospitalisés dans notre établissement de soins médicaux et de réadaptation. Dans ce cadre, un bilan annuel des interventions pharmaceutiques (IP) est effectué. Une analyse spécifique des IP portant sur les médicaments à risque (MAR) a été menée.
Matériel & méthode : Les IP réalisées dans le cadre de l´analyse pharmaceutique des services de cardiologie et de pneumologie ont été recueillies en temps réel tout au long de l’année 2025. Chaque intervention a été analysée selon la molécule concernée et catégorisée selon la classification de la SFPC (Société Française de Pharmacie Clinique). Les données ont été exploitées à l’aide d’un tableur Excel.
Résultats & discussion : Parmi les 359 IP recensées en 2025, 18% (n=65) concernaient un MAR. Le taux global d’acceptation était de 80% (n=52), 11% ont été refusées et pour 9% d´entres elles la résolution de l’IP n’a pas été renseignée. Les IP-MAR concernaient majoritairement des erreurs de posologie, dominées par les sous-dosages (35%, n=23) et les surdosages (22%, n=14). Les interactions médicamenteuses et les modalités d’administration inappropriées représentaient chacune 14% (n=9). Les autres problèmes identifiés incluaient la prescription de médicaments non indiqués (8%, n=5), les non-conformités aux référentiels (6%, n=4) et un monitorage pour une d’entre elles. Les IP qui en découlaient, étaient principalement des adaptations posologiques (62%, n=40), suivies des arrêts de traitement (15 %, n=10), des substitutions thérapeutiques (14%, n=9) et de l’optimisation des modalités d’administration (6%, n=4). Deux interventions (3%) ont donné lieu à un suivi thérapeutique. Les anticoagulants étaient impliqués dans plus de la moitié des IP-MAR (51 %, n=33), avec une prédominance de la warfarine (n=20), principalement en lien avec des erreurs de prescription dans les schémas à doses alternées. La seconde classe la plus concernée était celle des antalgiques opioïdes (17 %, n=11), suivie du fer injectable (12%, n=8) et de la colchicine (9%, n=6). Le méthotrexate (voie orale et sous-cutanée) était impliqué dans 4 IP (6%). Aucune intervention ne concernait les insulines.
Conclusion : Ce travail met en évidence le rôle central du pharmacien dans la sécurisation de la prise en charge thérapeutique des patients. La prédominance des erreurs posologiques concernant les MAR souligne la nécessité de renforcer les actions de sensibilisation auprès des prescripteurs. Bien que ces résultats soient présentés lors des instances de l’établissement (Comité du Médicament, Commission Médicale d’Établissement), il apparaît essentiel de développer, en collaboration avec les médecins, des outils d’aide à la prescription, tels que des protocoles informatisés, afin d’améliorer la sécurisation du circuit du médicament.
Mots-clefs : Intervention pharmaceutique, Erreurs médicamenteuses, Sécurisation de la prise en charge médicamenteuse, Never events, Informatisation